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La cuisine roumaine : régions, influences et plats emblématiques

Vous reconnaîtrez plus de choses que vous ne le pensez — et ce n'est pas un hasard. Cette page explique d'où viennent les plats, ce que la Roumanie doit à la France, et ce qui mérite d'être goûté ici plutôt qu'ailleurs.

Ce qu'est la cuisine roumaine

C'est une cuisine d'origine paysanne, très liée à la région dont elle vient. La base est simple : porc et volaille, maïs, chou, haricots, crème fraîche, légumes marinés et herbes fraîches — surtout la livèche et l'aneth.

Deux choses reviennent à presque chaque repas. La première est l'acidité. Pas la vivacité du vinaigre, mais une acidité plus douce, issue de la fermentation : elle vient du borș, un son de blé fermenté. C'est lui qui définit la ciorbă, la soupe aigre qui occupe la plus grande section de tout menu roumain. La seconde est la crème fraîche, ajoutée à la soupe, au plat principal et même au dessert.

Ce qui n'existe pas ici, c'est une cuisine unique et uniforme. Un plat portant le même nom peut avoir un goût différent à deux cents kilomètres, et les Roumains le savent mieux que personne.

Ce que la Roumanie doit à la France

Au XIXe siècle, Bucarest s'est tournée vers Paris. Les fils de boyards y faisaient leurs études, des architectes français formés aux Beaux-Arts dessinaient les boulevards, et le français fut d'abord la langue des salons avant de devenir celle des milieux cultivés. Cette influence sur la langue est documentée ; dans le menu, elle a laissé quelques traces précises :

  • Antricot — du français entrecôte, selon les dictionnaires roumains.
  • File — du français filet ; les dictionnaires le signalent d'ailleurs comme un francisme.
  • Salată de boeuf — le nom a gardé le mot français boeuf, orthographe comprise. Une salade de légumes et de viande liée à la mayonnaise, servie à Noël et au Nouvel An dans chaque foyer roumain. Le nom est français ; l'origine de la recette, elle, est une autre question, et nous n'avons pas de quoi trancher.
  • Cremă de zahăr ars — littéralement « crème de sucre brûlé ». Vous y reconnaîtrez une crème caramel : la ressemblance est réelle, mais une ressemblance n'est pas une filiation.

Tous les mots du menu ne viennent pas de France, loin de là. Mușchi, le filet, vient du latin musculus et se lit déjà dans des textes roumains du XVIIe siècle. Șnițel vient de l'allemand, et franzelă, le pain blanc allongé, est arrivé par le grec moderne — malgré les apparences.

Ce que la France n'a pas apporté, en revanche, c'est la technique du mijotage long au chaudron, l'acidité du borș et l'omniprésence de la crème fraîche. C'est là que commence la partie proprement roumaine.

Ce qui surprend

Premier point : le porc. C'est la viande centrale de la cuisine roumaine, présente dans les ragoûts, les saucisses, les soupes et les plateaux. Chaque plat qui en contient est signalé dans notre menu, et un filtre « sans porc » permet de les masquer. Attention toutefois : la cuisine n'est ni casher ni halal — on cuisine avec les mêmes ustensiles, et certains plats utilisent du saindoux.

Deuxième point : les quantités. Une portion roumaine traditionnelle est généreuse. Une ciorbă est un repas à elle seule, pas une entrée, et un plateau pour trois nourrit vraiment trois personnes.

Troisième point : la crème fraîche partout. Dans la soupe, sur les papanași, à côté des sarmale. Si vous venez de la cuisine française, c'est la différence que vous sentirez en premier — la crème n'est pas une sauce montée, elle est servie telle quelle, acidulée.

Les régions, en bref

  • La Moldavie (nord-est) — le versant doux-acide. De là viennent les papanași, la ciorbă de Rădăuți, les pârjoale moldaves.
  • La Transylvanie (centre) — influence hongroise et autrichienne : goulash, paprika, chou à la Cluj, plats plus lourds.
  • La Valachie (sud, dont Bucarest) — influence ottomane et balkanique : mici, sarmale, soupes aigres, beaucoup d'ail.
  • La Dobrogée (littoral de la mer Noire) — le poisson : carpe, maquereau, truite, et la soupe de poisson du delta.

Les mots que vous verrez au menu

  • Ciorbă — soupe aigre. Supă — potage non acidulé.
  • La ceaun — « au chaudron » : mijoté lentement en fonte. C'est le nom du restaurant.
  • La grătar — grillé. La cuptor — au four.
  • Mujdei — sauce à l'ail fraîche et puissante. Servie avec le poisson, le poulet, la mămăligă.
  • Telemea — fromage blanc salé, proche de la feta. Cașcaval — fromage jaune à pâte pressée.
  • De post — « de jeûne » : plat sans aucun produit animal, selon la tradition orthodoxe.
  • Papanași — beignets de fromage frais, crème fraîche et confiture. Le dessert.
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